Les derniers cours de philo sur la morale et le désir m'ont inspirée, tout comme les derniers évènements de mon existence...
Certains d'entre vous comprendront aisément à quoi je fais référence ^^ !
Disons que ce dialogue met en scène un garçon et une fille... Ils sont assis dans l'herbe, sur un talus et discutent en se tenant la main...
18.03.09
- Peux-tu venir s'il te plaît?
- Pour quoi faire?
- J'ai besoin de toi.
- Tu as besoin de moi... ?
- Oui.
- Besoin de moi, comme besoin d'un stylo, besoin de moi comme besoin d'une chaise?
- Non, simplement besoin de toi.
- Parce que je te suis nécessaire?
- En un sens, oui.
- Oui... Je ne demande l'exclusive attention.
- Je me doute, mais j'ai quand même besoin de toi.
- Besoin de moi comme besoin de manger?
- Il y a de ça.
- Voudrais-tu me manger?
- Non, te goûter me suffirait amplement !
- Du bout des lèvres...
- Du bout des lèvres, du bout de la langue...
- Me désires-tu donc?
- J'ai besoin de toi et je te désire.
- As-tu besoin de moi parce que tu me désires?
- Possible, je sais seulement que j'ai besoin de toi et que je te veux près de moi, que je te veux tout simplement.
- Mais si tu me veux, tu ne me désires pas vraiment, puisque tu as décidé de me vouloir. Tu me veux, tu ne me désires pas. Tu n'as pas besoin de moi dans ce cas.
- Et si je te voulais parce que je te désire?
- Ainsi tu ne me veux que dans le but de satisfaire ton désir et tu as besoin de moi parce que tu subis aussi bien ton besoin que ton désir. Tu n'est pas maître de toi.
- Voudrais-tu que je le sois et que je ne t'aime que parce que je me suis décidé à t'aimer, et que je puisse justifier ce transport par de pures raisons? Que je puisse te démontrer mon amour?
- Non bien sûr ! Tu as dit que tu m'aimais... Mais tu m'aimes par intérêt.
- Oui, je t'aime... Mais si j'avais décidé de t'aimer, si je me l'étais imposer comme un devoir, sans que je n'y éprouve aucun désir ou aucun besoin, je t'aimerais d'un amour désintéressé.
- C'est vrai... m'aimes-tu sans me désirer?
- Non, je te désire, donc je te veux, et comme je te désire, j'ai effectivement besoin de toi. Mais je ne saurais dire pourquoi je t'aime plus qu'une autre. Je t'aime parce que je t'aime. C'est tout. Tu me plais. Quelque chose en toi me contraint à t'aimer, je n'y peux rien. Le monde est ainsi fait. Mais je ne veux pas y changer quoi que ce soit. Je pourrais m'obliger à ne pas avoir de sentiment à ton égard, ou du moins ne pas tendre l'oreille à cette voix qui m'attire vers toi et ne pas me laisser à te voir, me laisser aller à m'abandonner contre toi.
- Alors tu me désires, mais d'une certaine manière, tu veux me désirer. Et tu as en partie besoin de moi. Tu m'aimes et ça ne te fait rien de mauvais de m'aimer. Tant que ton sentiment ne te gêne pas, tu consens à m'aimer encore. C'est un tantinet soit peu de l'intérêt, c'est dans ton propre intérêt.
- Non, je ne suis pas d'accord, je ne décide pas de t'aimer. Tu l'as toi-même dit auparavant : je ne suis pas maître de moi et de mes sentiments. Mais préférerais-tu que je t'aime en ne t'estimant que très peu? Ce serait invivable !
- Mais sans égocentrisme.
- Ce serait douloureux. Et, es-tu sûre qu'en étant aimée par quelqu'un qui te considère peu, tu sois toujours aussi encline à aimer en retour celui qui de par sa volonté ne peut se livrer à toi?
- Je ne sais pas si je l'aimerais, mais en tous cas je le respecterais, parce qu'il m'aimerait.
- Mais tu ne peux pas respecter quelqu'un qui ne peut rien contre l'amour qu'il éprouve pour toi ! S'il t'aime en sachant que ce n'est pas conforme à ses principes, il se battra farouchement contre lui-même, et personne n'y trouvera son bonheur.
- Tu as raison, mais j'aurais au moins eu le mérite de faire naître en lui un sentiment que sa morale condamne, ou que sa nature refuse.
- Dans un cas comme dans l'autre, tu n'as en réalité aucun mérite : le déterminisme, la Nature y est seule pour quelque chose. Tu ne t'es donnée pour cela que la peine d'être.
- Tu raisonnes bien mieux que moi ! C'est moi qui aie le plus besoin de toi, je pense. Tu m'aides à grandir, malgré toi peut-être, mais tu m'aides, tu me soutiens, tu m'aimes et tu ne t'oppose pas à ce que tu ressens pour moi. Tu es là...
- Oui je suis là, oui je t'aime, oui je te désire, oui j'ai besoin de toi ! Si la limite entre le désir et l'amour est très fine que je ne sais pas vraiment où elle se situe, je préfère dire que je fais tout ou que tu fais tout naître en moi à la fois. Tu as quelque chose qui me fascine, qui m'attire, qui prend mon attention pour toute te la donner. Je t'aime, que je le veuille ou non. Mais je le veux. J'ai besoin de toi parce que tu me rassures, tu m'intrigues aussi, et j'ai envie de découvrir tous les mystères qui sommeillent en toi.
- L'amour est désir, et le désir est manque a dit un grand philosophe. Le désir est donc aussi un peu curiosité, quête de savoir !? Tu me veux, tu veux me savoir, savoir ce que je renferme.
- Oui, je le veux. L'amour suscite une interrogation permanente sur l'essence de l'autre, c'est un peu comme la philosophie en général. Il faut sans cesse aller au delà de ce que l'on a acquis. Fouiller un peu plus loin, toujours dans le but de connaître plus parfaitement. Toujours remettre en question, et surtout s'en poser.
- J'aime un philosophe !
- Tu m'aimes.
- Je t'aime, et j'aime te découvrir au fil du temps, toujours comme un inconnu pour toujours être surprise par ton être.
- J'aime t'aimer.
- C'est peut-être ça le secret de l'amour et de son bonheur : chercher l'autre dans ce qu'il est ou ce qu'il laisse voir, chercher à rencontrer l'autre comme si c'était le premier regard, chercher, rechercher, sans cesse....
- ... Comment t'appelles-tu?...
à T.



